La Côte d’Ivoire produit assez d’électricité pour éclairer deux fois le pays. Pourtant, Abidjan est plongée dans le noir. Cette contradiction révèle la faille dans la gestion de ce secteur stratégique
En mars 2026, la Côte d’Ivoire a connu plusieurs épisodes de coupures d’électricité. Ces interruptions, loin d’être anecdotiques, interrogent la solidité d’un système énergétique pourtant au cœur de la dynamique économique du pays.
Derrière ces incidents se dessine une réalité plus structurante : ce n’est pas seulement la production d’électricité qui est en cause, mais l’ensemble du système — production, transport et pilotage. Cette instabilité globale crée une incertitude durable, qui freine directement les investissements, notamment dans le secteur numérique.
Une crise révélatrice d’un déséquilibre systémique
Les coupures observées en mars 2026 ne peuvent pas être réduites à un simple manque d’électricité. Elles traduisent un déséquilibre plus profond entre l’offre et la demande, amplifié par des contraintes techniques et opérationnelles.
D’un côté, la production reste dépendante de facteurs variables, notamment hydrauliques et énergétiques. De l’autre, le réseau doit absorber une demande en forte croissance, portée par l’urbanisation, l’industrialisation et l’essor des usages numériques. Entre les deux, le pilotage du système devient un exercice d’équilibriste, où la moindre défaillance peut entraîner des coupures en cascade.
Production vs distribution
Le visible vs l’invisible, le politique vs la technique
L’opinion publique impute de manière erronée les interruptions de courant à une insuffisance des capacités de production. La production d’électricité est le volet le plus visible. Elle s’incarne dans les barrages, les centrales thermiques et les annonces de capacité installée. C’est un sujet politique, tangible, facilement quantifiable. Cette visibilité donne parfois l’impression que le problème est maîtrisé dès lors que la capacité augmente.
À l’inverse, le transport et la distribution relèvent d’une réalité plus technique et moins perceptible. Le réseau électrique, composé de lignes haute tension et de postes de transformation, constitue pourtant la colonne vertébrale du système. C’est lui qui permet d’acheminer l’énergie jusqu’aux utilisateurs finaux, dans des conditions de stabilité acceptables.
Or, un point essentiel est souvent négligé : un défaut de distribution peut produire exactement les mêmes effets qu’un manque de production. Pour une entreprise ou un service numérique, la distinction n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est la continuité de l’alimentation.
Je vous invite à regarder la vidéo de la chaine Roland KOUAKOU datant du 24 mars 2026 où il reçevait Christian KOFFI. Ils ont abordé ce sujet de manière très pédagogique : https://youtu.be/cZm_gtrglFQ?si=wnqVhctwKwvvckEy&t=624
La vraie question : la fiabilité, pas la capacité
L’erreur la plus fréquente consiste à raisonner en termes de capacité installée. Pourtant, ce n’est pas ce critère qui guide les décisions économiques.
Les acteurs du numérique, comme Orange ou MTN, ne recherchent pas seulement une disponibilité théorique de l’électricité. Leur exigence est opérationnelle : ils doivent garantir un service continu, sans interruption.
Les acteurs du numérique, comme Orange ou MTN, ne recherchent pas seulement une disponibilité théorique de l’électricité. Leur exigence est opérationnelle : ils doivent garantir un service continu, sans interruption.
La véritable question n’est donc pas de savoir si un pays produit suffisamment d’électricité, mais s’il est capable de la fournir de manière stable, prévisible et continue. C’est cette fiabilité qui conditionne l’ensemble des usages numériques.
Une contrainte directe sur les investissements
L’instabilité du réseau électrique a des conséquences immédiates sur les projets industriels et numériques. Elle modifie profondément leur structure de coûts, leur complexité technique et leur niveau de risque.
Les entreprises doivent d’abord intégrer des solutions de secours, comme les groupes électrogènes ou les systèmes de batteries, ce qui alourdit considérablement les coûts d’exploitation. À cela s’ajoute une complexité technique accrue, liée à la mise en place d’architectures redondantes et de systèmes de supervision plus sophistiqués.
Mais l’impact le plus déterminant reste souvent invisible. L’incertitude énergétique agit comme un frein psychologique à l’investissement. Lorsqu’un environnement ne permet pas de garantir la continuité de service, les investisseurs hésitent, reportent ou abandonnent leurs projets. Ce phénomène limite mécaniquement le développement des infrastructures numériques locales, qu’il s’agisse de data centers, de plateformes cloud ou de services digitaux avancés.
Une limite physique au développement du numérique
Le discours sur la transformation digitale tend parfois à faire oublier une réalité essentielle : le numérique repose sur des infrastructures physiques. Parmi elles, l’énergie occupe une place centrale.
Sans alimentation électrique fiable, il n’y a ni réseau télécom stable, ni data center opérationnel, ni service numérique durable. Le développement du numérique en Afrique ne peut donc être dissocié de la robustesse de ses systèmes énergétiques.
Cette dépendance structurelle constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs limitants de la croissance numérique sur le continent.
Conclusion : l’énergie, fondement de la souveraineté numérique
Les coupures de mars 2026 ne sont pas un simple incident.
Elles révèlent une réalité structurelle.
Elles révèlent une réalité structurelle.
Sans énergie fiable, il ne peut y avoir de numérique fiable
La souveraineté numérique ne peut pas se construire uniquement à travers des infrastructures IT ou des politiques digitales. Elle repose d’abord sur une condition fondamentale : la disponibilité d’une énergie fiable.
En ce sens, l’électricité n’est pas seulement un secteur parmi d’autres. Elle constitue le socle sur lequel repose l’ensemble de l’écosystème numérique.
En ce sens, l’électricité n’est pas seulement un secteur parmi d’autres. Elle constitue le socle sur lequel repose l’ensemble de l’écosystème numérique.
